L’égyptien

egyptien-galerie-art

Comme les rêves sont curieux à tout mélanger et rendre cohérent les absences de sens. Mes doigts sont pleins de mots qui me semblent inventés à les regarder là, sur la toile. Les brumes du sommeil habitent encore les idées que ces mots aimeraient dire et que je cherche à comprendre. J’imagine les avoir vus gravés sur les pierres gigantesques de lourdes constructions, écrasés de soleil.

Ces mots sentent la chaleur sèche d’une vie très ancienne et largement oubliée. L’Égypte, pour quoi pas, c’est une hypothèse, comme celle des rives d’Angkor. Je sais que c’est moi, au centre de la toile. Un moi aquatique, liquide, aussi fluide que le mercure. Je suis une transpiration de ces mots si curieux qui furent peut-être partagés, mais qui maintenant oubliés, m’inventent à les imaginer.

C’est moi, au centre de la toile, du moins c’était moi, j’ai à nouveau changé. Les brumes du sommeil enveloppent mon corps d’incertitudes et en dispersent les périphéries que mon esprit oublie. Je ressens la dureté minérale qui lacent mes jambes, m’interdisant le départ. J’aimerais tant dormir et fuir cette étreinte.
Ces mots ne sont pas à moi. Ils furent dits dans l’éternité du rêve. Je n’en porte pas la responsabilité et ne veux pas me fondre en eux.

Mon corps se dissout. Je n’entends pas ces mots et ne sais pas les lire. La pierre se fait douce. Elle m’appelle à m’y baigner, à m’y laisser porter, à plonger dans l’immensité des années écoulées. La tiédeur porte mon apnée. Je ne bouge plus. Je me sens devenir sable.

Les mots se font aimables, ils me disent qui ils sont. Je ne dois pas le répéter. Il faut que je le dise. Je dois le dire en me sortant de cette eau dure comme du granit, qui cherche à étouffer les rêves anciens qui parcoururent les salles énormes que je veux fuir maintenant.