Le phare d’Alexandrie

phare-d'alexandrie-galerie-d'art-rouen

On dirait l’arrière-territoire d’un enchantement pudique et généreux, d’un émerveillement d’être, ou encore la trame secrète d’une intériorité lointaine. Une sensualité souterraine et diffuse relie entre elles ces fragments dynamisés, ces méditatives plaques de matière peinte qui jamais ne s’affrontent, mais se frôlent, s’apprivoisent et parfois s’étreignent, en fines clartés qui ensemencent l’espace. Et l’œil voyage sans fin dans ce monde flottant où les choses ont disparu, ne laissant que l’élégante mémoire de leur sillage.

Pierre Souchaud a saisi l’instant magique d’un miracle spatial et humain, où les soubresauts d’une chair secrète épouseraient les rythmes profonds de l’univers. Subtile peinture en apesanteur, débarrassée du poids lourd des attaches terrestres, comme une fragile écorce d’âme craquelée par le temps. Comme une étrange minéralité liquide. On ne peut saisir s’il s’agit d’une cartographie animée de nos profondeurs, ou d’une apparence mouvante protégeant nos abîmes. Miraculeuse indistinction qui redonne à la peinture ses indispensables qualités d’énigmatique présence.